#MamanMTL, Bébé, Fertilité, Nadine Blanchette

Maman à tout prix

La pluie me tombe dessus et je n’arrive pas à bouger. Je suis sur l’asphalte alors que je me pensais dans la voiture. J’y étais quelques minutes avant. Avant que le conducteur ne perde le contrôle sur la chaussée inondée et que l’on percute le mur de béton central sur la métropolitaine. Nous sommes ensuite embouties et l’auto tourne sur elle-même comme une poupée de chiffon. Je dors au moment de l’impact et je n’ai donc aucun souvenir d’avant l’accident jusqu’au moment ou je me retrouve sur la chaussée à entendre les gens crier mon nom, car je ne suis plus sur le siège arrière du véhicule dans lequel j’étais embarqué.
Quelques heures plus tard, on m’annonce après de multiples tests les fractures, les hématomes et le diagnostic difficile : Les dommages internes ne me permettront jamais de porter un enfant. Je suis jeune, et la maternité n’a de toute façon aucun intérêt alors pour moi. J’ai un plan bien défini pour ma vie, mes études et mon plan de carrière.
Quelques années plus tard, je tiens mon petit neveu à l’hôpital et là, j’ai un coup en plein cœur. Glacial. Je ne pourrai jamais tenir de petits bébés à moi. Ma sœur et mon beau-frère lui donnent le nom de Samuel. Le nom que j’ai toujours aimé et aurais donné à un enfant si j’avais pu en avoir. Mais je suis vide et triste. Plusieurs années après le diagnostic, je le réalise et le comprends dans toute sa profondeur.
Je suis malgré tout choyée, car je suis une belle-mère de deux petits cœurs. Mais, oui ce petit, mais. Je veux être maman. La discussion est courte avec mon conjoint. On se lance et on va voir les docteurs pour comprendre le diagnostic. Je peux tomber enceinte, la n’est pas le problème. Les dommages internes à mon utérus et le col ne me permettent pas de garder un bébé et le porter à terme. Nous décidons d’essayer. Je serai bien entendu suivi de près.
On se lance
Je tombe enceinte dès le premier mois. Notre joie voile l’ombrage au tableau et on en oublie presque la réalité de ma situation. Celle-ci nous rattrape bien vite et je perds mon bébé très rapidement, après quelques semaines. Nous perdrons un second par la suite, cette fois-ci j’aurai réussi à le mener à environ 14 semaines.
Je suis détruite et affaiblie. Je m’affiche forte devant les gens, mais je suis comme une porcelaine qui a été cassée et recollée. On y voit sa fragilité et ces fissures. Je n’ose plus y croire, je ne veux pas oser rêver que je pouvais avoir un bébé. On me l’avait dit pourtant. Puis, en mai alors que nous embarquons sur une croisière pour une soirée je sais que je suis enceinte. Je le ressens au fond de moi, et le test le lendemain nous le confirme.
Je suis suivi de près. Souvent alité, car j’ai des pertes de sang et des douleurs. Mais je peux travailler une bonne partie de ma grossesse, bien que mise en arrêt tôt dans le terme de ma grossesse. L’accouchement n’est pas plus simple, je finis en césarienne d’urgence. Mais, nous avons notre petit ange. Notre petit miracle dans nos bras, notre petit Manuel. Dont la signification est Dieu est avec nous (en hébreu). Il était important pour nous que son nom soit fort et représente tout ce qu’il est pour nous notre petit garçon.
Je vivrai encore 3 autres fausses couches après Manuel. Puis, Manuel est hospitalisé à Sainte-Justine pour une infection virale et ce matin même j’ai appris que j’étais de nouveau enceinte. Mais, alors que l’on nous dit que Manuel pourrait ne pas survivre à la nuit, je pris. Je pris que si le prix à payer pour avoir un autre enfant est de perdre celui que j’ai. Je choisis Manuel et ne veux pas d’un autre enfant.
Manuel passera la nuit et se porte très bien. Lydie nous aura prouvé être celle qui est forte et sera notre deuxième petit miracle. Parfois, je n’arrive pas à croire que j’ai pu prier pour perdre un enfant alors que j’avais déjà été éprouvé par la perte de 5 autres petits anges. Mais, je me disais que nous avions eu Manuel. Nous ne devions pas avoir d’enfant et nous avions notre petit garçon. Il était là avec les perfusions, dans son lit et sa jaquette jaune pâle trop grande et tous les tubes. J’étais prête à tout pour le garder.
Aujourd’hui, on m’accuse parfois d’être trop protectrice ou sensible avec mes deux enfants. Je ne veux juste pas porter l’étiquette de mères qui a perdu 5 enfants et que Manuel et Lydie sont ainsi réellement tout pour moi. Ils sont ce qui me complète, comme le Ying et le Yang que je porte fièrement tatoué avec leur initiale. Alors qu’à ma cheville j’arbore les 5 libellules pour mes 5 autres enfants que je n’aurai jamais eu la chance de bercer.

Le chemin vers la maternité est différente pour toutes. La maternité est différente pour toutes. Belle-maman, maman biologique, maman adoptive, maman sans enfant, maman malgré tout! Joyeuse fête des mères à chacune d’entre vous.

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